Ce projet est celui qui correspond le mieux au dernier objectif du diplôme: donner des exemples simples et concrets qui motivent les gens à faire leurs premier pas et devenir acteurs de la transition vers un mode de vie personellement sain, socialement juste, et écologiquement soutenable.

À mon arrivée en Aotearoa, mon compagnon nous avait déjà trouvé une maison à louer. Nous étions à Wellington, au sud de l’île du nord ; mêmes latitudes que Bayonne mais la capitalela plus ventue de l’hémisphère sud. Rien n’arrête le vent qui vient du pôle sud! La maison est typique pour l’habitat de Wellington, en ossature bois couvert par du bardage en bois, isolation dans les combles du toit uniquement et avec du simple vitrage. Elle est située sur le flanc d’une colline, sur une pente de 40° avec un demi-étage en dessous, creusé dans la colline. Avec une exposition à l’est-sud-est, nous avions peu de soleil en hiver, lorsqu’il se lève à l’est-nord-est et se couche à l’ouest-nord-ouest.
Le jardin se situe au dessus de la maison dans la pente, avec la même exposition. Autant devant que derrière, il y a de solides murs de rétention qui empêchent la colline friable de s’écrouler. Au nord (coté soleil), un bosquet d’arbres natifs apporte des chants d’oiseaux et cache du vis-à-vis. L’accès à la maison comme au jardin se fait par des sentiers et escaliers étroits.
Contexte
Nous étions donc tous les deux, moi et mon compagnon, à nous installer à Whare Kopae. C’est le nom qu’ont donné les propriétaires à leur maison, et qui veut dire « la maison avec la porte sur le côté ». Les propriétaires, un architecte et une paysagiste, habitent un peu plus loin dans la même rue dans une maison qu’ils ont crée. Ils ont été enthousiasmés par nos envies de jardinage et nos valeurs écologiques. De plus, nous avions des voisins sensibles aux mêmes idées: La famille au nord qui avaient laissé pousser les arbres endémiques à la zone, une autre famille au sud qui étaient en train de terrasser pour faire un jardin potager.
Mes premières envies était de commencer à expérimenter le jardinage sans travail du sol et les plantes compagnons. Très vite, le besoin de manger sain s’imposait, à cause d’un déséquilibre intestinal (candidose) qui se soigne par un régime constitué surtout de légumes feuilles, en excluant toute sucre rapide (céréales, pommes de terre, fruits…).
Le climat local est subtropical mais avec des vents forts qui amènent beaucoup d’embruns (eau de mer, salée) de la baie 25m plus bas. Nous avions donc d’important secteurs d’ombre, une pente accentuée, l’exposition au vent et les brûlures du sel à prendre en compte.
Le chemin d’accès passe par un sentier, puis un escalier qui arrive sur une petite terrasse devant la porte d’entrée. La porte de derrière donne sur une cour et l’escalier qui monte dans le jardin. J’ai choisi de mettre les semis, plants, et lombricompost près de cette porte de derrière, qui relie la cuisine à la buanderie puis à la cour. Cela représente notre zone 1, avec la terrasse et le chemin d’accès. Zone 2 englobe les pentes près de l’escalier, et les cultures en terrasse à mi pente, ainsi que le composte chaud et le sentier pour y aller. Le reste est considéré comme un zone 5 car il avait été planté d’arbustes endémiques par la propriétaire paysagiste.
Problèmes & Solutions
La pente nous poussait vers la solution de terrassement. Pour commencer, nous avons installé deux platebandes sur la partie la moins pentue, la supérieure retenue par des planches de 20cm de large. À l’ancienne emplacement du composte, j’ai ouvert à la bêche sans retourner et recouvert de mulch en y plantant une variété de plants potagers. Sur une autre partie, j’ai fait du double-bêchage et sur une troisième partie j’ai simplement mis du carton, du fumier décomposée et un épais paillage.
Ces trois différentes méthodes ont donné des résultats très différents. En effet, sur la première partie, les plantes-feuilles se sont bien développés, et les fruits ont aussi été abondants. La partie double-bêchée a également bien donné, et la vie du sol s’est épanoui sur les deux ans avec l’ajout de compost, lombricompost et un paillage permanent. Par contre, la partie simplement mulché avec du carton s’est très mal développé: l’argile dense dessous n’hébergeait peut-être pas assez de vers de terre pour décomposer le carton, ou bien il contenait quelque toxine? En tout cas, aucune plante ne s’y est épanouie, et l’argile est restée aussi compact qu’à notre arrivé.
Par la suite, puisqu’on a toujours envie de faire un peu plus, mon compagnon a crée trois petites terrasses en bois sur la pente jouxtant l’escalier, ce qui permettait un bon accès. Chaque terrasse est de 50cm de haut, et de 60 à 120cm de large… je vous laisse imaginer la pente!
Au fond de ces terrasses, contre le bois, nous avons déposé du bokashi. C’est une fermentation de déchets de cuisine, qui se fait en anaérobie. Chaque couche de déchets, dans un seau percé, est recouvert d’une fine couche de sciure de bois inoculée avec des microorganismes. Au bout d’un mois de repos, le contenu du seau peut être enterré et agit en tant qu’engrais. Par contre, quand on a essayé de l’ajouter au compost les résultats ont été mitigés. Il vaut donc mieux suivre les indications et les enterrer à 20cm de profondeur, pour que les bactéries anaérobies puisse continuer leur travail. Le système bokashi me semble très intéressant pour les appartements et pour les personnes qui ne souhaitent pas avoir un lombricompost, par exemple qui ne sont là que par intermittence.
Pour notre part, nous avions aussi installé un lombricompost. Comme nous n’étions que deux, et que nous avions aussi le bokashi, j’avais besoin des autres pour nourrir nos vers. J’ai récupéré les déchets de cuisine des voisins, et leurs journeaux, qu’ils déposaient près des boîtes aux lettres que tout le monde passait chaque jour. L’emplacement du lombricomposte était différent en hiver et en été pour protéger des écarts de température et l’excès de pluie. En hiver, je le mettais à l’abris sous un petit auvent près de la porte de derrière – cela m’évitait en plus de sortir sous la pluie pour les nourrir! Et en été, il était à l’ombre dans la cour, pour profiter de la pluie quand il y en avait et ne pas encombrer la sortie de la maison.
Le composte chaud se situe tout en haut du terrain. Il est bien plus aisé de monter les matériaux, volumineux mais peu lourds, que le produit final! De plus, l’infiltration des nutriments descendent dans le jardin, ce que l’on pouvait observer par une « coulée verte » de plantes plus hautes et vigoureux. Dans ce composte chaud, nous mettions toutes les herbes en graine, les plantes potagères en fin de vie, la tonte d’herbe, et les branches taillées. Pour pouvoir composter les plantes invasives, je les laissais pourrir dans un seau d’eau avant de les ajouter sur le tas. Ensuite il fallait aérer le purin pour pouvoir le mettre sur les planches potagères directement.
Ces trois méthodes de gestion de déchets ont donné lieu à quelques ateliers et visites organisées. D’utiliser moi-même les trois méthodes m’aidait également à en parler avec plus de clarté et choisir de manière pertinente la meilleure solution pour chacun de mes « clients ».
Pour l’eau, j’ai envisagé un système qui permettrait à chacun dans le quartier de se servir de l’eau du toit de la maison au dessus, puisque les jardins sont en général en haut de chaque maison. Vu que je n’y suis pas restée suffisamment longtemps, ce système n’a pas été mis en place. La récupération des eaux usées ne m’a pas semblé d’un grande importance, vu la quantité de pluie qui y tombe chaque mois. J’ai néanmoins indiqué aux propriétaires l’emplacement idéal pour une mini-phyto, et argumenté en faveur d’une citerne à récupération d’eau de pluie qui pourrait alimenter la machine à laver.
Pendant toute cette période, j’ai aussi semé une multitude de plants et suivi leur développement. La zone de multiplication se situant entre la cuisine et le lombricompost, je la voyais tous les jours. Dans un climat subtropical, toujours hors gel, c’est essentiellement la longueur de la journée et l’intensité du soleil qui détermine la saison favorable pour les différentes plantes. Les graines ont depuis longtemps été un sujet important dans le débat écologique en Aotearoa. Chaque vague d’immigrants européens ont depuis 150 ans amené leurs propres graines, qui ont été multipliées sur place. Une résistance aux maladies et une adaptation au climat se sont développés et ces graines sont maintenant devenus un héritage national qui s’ajoute à l’énorme diversité de plantes cultivés et récoltés par les maoris, le peuple natif du pays. L’institut de Koanga fait de la sauvegarde de ces graines d’anciennes variétés, et c’est chez eux que je me suis fourni. En effet, mes plants étaient robustes et résistaient bien aux conditions locales. Comme j’en faisais en abondance, j’ai aussi vendu, troqué et donné le surplus de plants sur les marchés dans les quartiers avoisinantes.
Les liens avec les voisins se sont renforcés à fur et à mesure. Ceux qui jardinent sont plus souvent dehors et du coup on se rencontre plus facilement. Quand nous avions décidé de partir pour un logement plus petit afin de faire des économies et pouvoir rentrer en France, j’ai fait de plus en plus de plantes en pot pour pouvoir les amener. J’ai multiplié les plantes aromatiques en pots, ainsi que les fraisiers. Finalement, j’ai pu laisser une bonne partie aux voisins, tout en gardant dans le jardin un bel héritage de mon travail.
Temps & Travail effectués:
Le projet de transformation de notre lieu de vie, Whare Kopae, m’a pris bien une dizaine à une vingtaine d’heures par semaine. En dehors du jardin, j’ai aussi fait des rideaux isolants pour l’intérieur et diverses fermentations: kombucha, kefir d’eau et de lait, choucroute et légumes lacto-fermentés. Et toutes ces activités ont été autant d’occasions pour partager les connaissances et savoir-faires sous forme d’ateliers plus ou moins formels.
Le but que je m’étais fixé était « de créer de l’abondance à partir de chez moi », avec comme objectifs de produire des plants pour mes clients de design, créer un jardin exemple, encourager les propriétaires de devenir plus écolo, et d’améliorer les relations avec les voisins. Le jardin-exemple a bien montré ce que « n’importe qui » peut faire d’un terrain difficile en seulement un an.

