Avant même de commencer le diplôme, j’ai été contactée par des amis à une copine pour faire le design de leur parc-jardin de 8120m2. Vu que j’avais déjà de l’expérience en design permaculturel avant de faire mon CCP, j’ai accepté ce contrat et suis allée les rencontrer munie d’un formulaire d’interview.
Contexte
Le lieu est habité par un couple états-unien, dont le mari travaille dans l’industrie du cinéma et la femme est au foyer. Il se situe dans la vallée du Hutt, sur une pente exposée ouest, avec un petit ruisseau qui passe par le terrain. Leur maison est très grande et ils ne manquent pas de moyens financiers, mais la femme a des soucis de santé et le mari très peu de temps à passer sur le lieu. Un employé s’occupe de la rénovation de la maison et l’entretien du jardin. Animés par la prise de conscience de la crise mondiale de la civilisation, ils voudraient réaménager le lieu pour qu’il soit à la fois productif en fruits et légumes et esthétiquement agréable. Leurs attentes respectifs divergent, et l’employé qui est sensé installer et entretenir le système n’est pas présent lors de l’interview.
Problèmes & Solutions
Face à ce contexte, j’ai tenté de les mettre en relation avec le lieu. En effet, ils n’avaient jamais été découvrir tout le terrain, et ils n’aimaient pas sortir lorsqu’il pleut ou vente (le cas 90% du temps dans la région). Cependant, on ne peut pas changer l’avis et le comportement des gens en les forçant!
Le terrain est assez grand, et les clients souhaitaient un design détaillé: leurs questions étaient surtout par rapport aux plantes potagères, leurs interactions et la qualité du sol. Le terrain est situé au pied d’une énorme colline, qui génère une quantité d’eau de ruissellement très importante, qui s’évacue par le ruisseau. Toute la zone le long du ruisseau est inondable en hiver et le bas du terrain est gorgée d’eau une bonne partie de l’année. Le profil pédologique est une argile très lourde et froide, asphyxiée par endroit, couvert par une mince couche d’humus peu integrée. J’ai fait un design du lieu global mais sans entrer dans le détail, puis un design bien précis pour la zone 1. De cette manière, ils pourront peut-être s’approprier le design petit à petit en commençant entre la cuisine et le fil à linge, tout en ayant une vue global sur ce qui est possible sur le lieu.
La saturation en eau serait contrée par des drains amenant le surplus dans le ruisseau qui alimente la mare et par des buttes hautes de 60cm. Ces grands travaux correspondent aux souhaits des propriétaires: ils ont les moyens financiers mais ni l’envie, ni le temps, ni la force de faire les choses eux-mêmes ou lentement. Donc, au départ, il y a beaucoup de grands travaux, notamment la création de la mare, l’élagage le long du ruisseau pour y faire pousser des plantes aquatiques ornementales et pour créer du drainage. Une taille importante des arbres d’ornement, laissés à l’abandon depuis 10 ans, est aussi indispensable, sous peine de ne plus pouvoir se servir de la partie la mieux drainée et mieux exposée pour le verger-potager.

Les calcs de la pente, des secteurs, des zones et finalement celui des nouveaux éléments, tels quels en cours de travail.
Pour satisfaire à leur envie de beauté et en même temps améliorer le sol, actuellement pelouse très compactée car tondue par un lourd engin, j’ai proposé d’y semer un mélange de fleurs mellifères et poser quelques ruches en haut du terrain (z4). Par la suite, seul la petite clairière en haut serait maintenue comme prairie fleurie, les deux pelouses plus près de la maison deviendront potager sur buttes (z3) et massifs de fleurs (z2) respectivement.
Un autre problème sur ce site est le ruissellement et l’érosion sur la pente ensoleillé. À la bordure sud du terrain, la municipalité a traité les buissons d’ajonc “invasif” avec un produit chimique et il n’y a plus rien qui y pousse. Plus bas sur cette pente des eucalyptus poussent très serrés. Encore plus bas, les ronces ont pris le dessus sur d’anciennes plantations d’ornement. J’ai conseillé un élagage des eucalyptus et une plantation pare-feu d’espèces natifs et résistants au feu le long de la limite du terrain. Dans les ronces, je propose un semis par boules de Fukuoka d’une grande variété d’arbres fruitiers, tout en laissant les ronces se développer. Outre la stabilisation de la pente, ce design protège aussi contre le risque d’incendie.
Le propriétaire est passionné par un séquoia géant planté à l’extrémité nord-ouest de la propriété. J’ai donc proposé d’aménager un sentier dans les bois à partir de la cabane à outils jusqu’à l’arbre. En voyant cet arbre comme un « gardien du lieu » et en aménageant l’espace autour de lui pour la contemplation, j’espère inviter les propriétaires à visiter cette partie sauvage du terrain plus souvent et par tous les temps pour mieux découvrir leur lieu.
Le design précis pour la zone 1 se décline en deux parties: les infrastructures et le planning. Je leur ai fourni un lombricomposteur avec les vers et une fiche explicative. Le plan de la butte « expérimentale » et le spirale aux herbes également. Pour les premiers mois d’installation, je leur ai donné un planning de ce qu’il faudrait faire selon le calendrier lunaire. La butte est planté uniquement avec des plantes qu’ils aiment manger, de variétés robustes qui ne devrait pas leur poser de problèmes. Cela leur permettra de choisir lesquels garder pour le potager plus grand, dans la zone 3.
Temps & Travail
J’ai mis environ 50 heures pour réaliser ce design. C’était complexe vu que je n’avais pas encore participé à un CCP. Aujourd’hui, je m’y serais prise différemment, notamment dans la définition du projet et de mon rôle. J’aurais accordé plus de temps à l’observation du lieu, et moins aux détails, préfèrent maintenant donner des indices pour les personnes qui vont réaliser le design plutôt que fournir un plan « pré-mâché ».
J’ai aussi déterminé que je ne souhaite plus travailler avec des personnes qui ne cherchent pas une véritable lien avec la terre: c’est cette expérience qui m’a incité à concevoir mon processus de design participatif. Il se trouve mi-chemin entre cours de permaculture et consultation de design, et je l’ai développé à l’aide des deux designs suivants, une près de chez moi et une à l’extérieur de la ville.



