Un quartier

Quand nous avions habité six mois à Whare Kopae, la plupart des voisins nous avaient vu au jardin. Et comme partout, on peut faire confiance à la faculté d’observation entre voisins… Un couple, au numéro 108B, allaient partir un an en Belgique avec leurs trois enfants, et m’ont proposé de m’occuper de leur potager sur terrasses pendant ce temps-là. J’ai tout de suite accepté vu que notre jardin était trop petit et le leur aussi mieux exposé.

En contrebas de leur jardin se trouvait une terrasse de 4m de large, en friche. Je suis allée voir les propriétaires au 110 qui étaient très heureux de me laisser m’en occuper contre une part de la production.

Contexte

J’ai peu connu la famille qui m’ont proposé leur terrain. Déjà sensibilisés à l’écologie, ils avaient choisi de tout faire sans travail du sol, et ils avaient construit des murs de retention en bois l’été précédant. Ils sont partis en septembre, au tout début du printemps australe et nous avons déménagé en mai, j’ai donc pris soin de leur jardin pendant 9 mois. Pendant ce temps, j’ai fait un design de permaculture pour le groupe de maisons.

Problèmes et solutions

Au 108B et au 110, tout le travail d’installation des terrasses était déjà accompli. Par contre, rien n’était fait au niveau de l’eau, l’arrosage se faisait avec l’eau du réseau. J’ai intégré le captage et stockage de l’eau des toits dans le design: vu que leur maison se trouve au dessus du jardin, l’arrosage avec l’eau de pluie par gravité semble évident.

Avant de devenir jardin potager, cette pente en argile glaise était couverte de liseron et wandering jew, deux plantes invasives importés d’Europe. Tout bêchage aurait inévitablement fait ressortir le liseron, aussi ai-je évité le plus possible de remuer la terre. Quand il sortait quand même, j’ai cherché la tige principale, que j’ai coupé et imbibé de sel de table. Avant de découvrir cette solution, il avait eu le temps de complètement étouffer les haricots grimpants.

La priorité des propriétaires était la vie du sol, qui souffrait du compactage précédant et de l’érosion. J’ai régulièrement apporté du lombricompost et du composte chaud bien décomposé, et j’ai pu observer les résultat au nombre de vers par poignée de terre rien qu’en les 9 mois que je travaillais ce jardin.

Une des terrasse était absolument couverte de menthe, un grand problème selon la propriétaire. Pour moi, ce fut une ressource, car je pouvais simplement la couper et la vendre au marché! De plus, j’y ai planté les tomates, qui ont bénéficié de la protection qu’offre la menthe.

Le vent fort de Wellington est un problème en soi, et encore plus les embruns qu’il porte. J’ai vite découvert que pour épargner les plantes des brûlures, il fallait arroser en une fine pluie le soir dès que le vent était tombé pour rincer le sel. Toutes les plantes hautes (haricots, tomates…) ont été placés contre les murs de rétention pour pallier au mieux contre les coups de vent.

La seule plante qui souffrait vraiment sur ce terrain était un citronnier, placé dans un coin ventu et très proches des arbres natifs vigoureux. J’ai tenté de le soutenir au mieux avec un paillage épais, des plants de consoude et une taille douce, mais j’ai fini par conseiller au propriétaires de le déplacer et lui faire un bon grand trou dans un coin moins exposé.

La verdure luxuriante sur la terrasse large au 110 me laissait croire qu’elle était très fertile. Une fois défrichée, nous avons découvert que non… Les propriétaires précédents ont dû importer de la terre et aussi utiliser des engrais chimiques ou du poison, car le sol était sans structure et beaucoup trop drainant: l’opposé des sols argileux naturels du site. J’ai donc cultivé majoritairement des légumes feuilles (épinard, oseille, choux…) sous un paillage épais. Un vieux tas de compost a servi pour enrichir un peu. Mais ce jardin mérite, par son exposition, le long soin pour redevenir fertile.

Perspectives

Ce quartier, avec ses sentiers et escaliers et tous les jardins en terasses, se prêterait très bien à un design permaculturel. Et tout le long de ces deux ans où nous avons habité Maida Vale Rd, j’ai vu comment les connexions se faisaient: les tontes des pelouses et les journeaux des voisins se joignait aux algues de la plage en bas pour faire du bon compost, qui m’a ensuite servi pour planter dans des demi-bouteilles de lait recupérés d’encore d’autres voisins… Le tout créant une abondance de légumes en saison, que j’ai pu leur donner en retour. Valorisation des déchets direct!

La pente présente aussi beaucoup d’avantages: l’eau recolté d’un toit peut servir à arroser la pente en dessous. Pour organiser cela et bien d’autres choses, une association de quartier aurait pu voir le jour si nous y étions restés. Le fait d’avoir déjà commencé par notre petit jardinet, malgré sa mauvaise exposition et la pente, m’a permis d’avoir un surplus de plantes et de composte rapidement, qui a servi pour les jardins de 108 et 110. 

Un peu plus loin, il y avait d’autres jardiniers: les conseils des anciens, joints aux forces des jeunes (souvent locataires) pourrait verdir ce quartier en peu de temps. Le design de ce quartier a commencé dès notre arrivé par mon observation de notre jardin et les microclimats présents, s’est poursuivi par les connextions humaines qui se sont fait aufur et à mesure, mais dépend des connaissances et volontés présentes. Je pense qu’il faut rester bien plus que deux années pour envisager la mise en oeuvre d’un design de quartier, par contre, je suis sure d’avoir semé des graines de permaculture parmi mes voisins.

Temps & Travail

J’ai passé un moment quasiment tous les jours d’octobre à mars dans ces jardins. Arroser, pailler, désherber ce qui passait quand même, récolter… Tout a évidemment été planté en compagnonnage, avec les plants que je faisais à partir de semences paysannes d’anciennes variétés.

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