En rentrant de l’île de Jade après y avoir fait mon PDC, mon certificat de permacultrice à la main, j’avais vraiment envie de m’impliquer localement. J’habitais à Roseneath, une zone résidentielle à l’est du centre de Wellington, capitale d’Aotearoa (la Nouvelle Zéelande). Vue sur la mer, population assez aisée mais sans lieux de rencontre et sans convivialité. Les gens de mon quartier allaient plutôt en ville s’amuser que parler avec leurs voisins. Sur cette pente raide et argileuse les jardins sont grands, mais peu de gens les entretiennent et ils sont envahis par divers mauvais herbes, pois de senteur et liseron. Ce qui me donnait l’impression que les gens de Roseneath n’étaient pas vraiment conscients de la terre sous leurs pieds, de cette colline qu’ils habitent et dont ils dépendent aussi en quelque sorte.
Nous sommes tous liés à la terre. En ville, l’inconscience de ce lien est flagrant, ce qui est très étonnant dans les banlieues résidentielles où beaucoup de gens jardinent ou apprécient la nature. Alors j’ai voulu à la fois soutenir les gens vis-à-vis de la frustration générale par rapport aux changements climatiques et la destruction de l’environnement, et en même temps les aider à développer une forte conscience de leur terre. Le meilleur moyen devrait être la production alimentaire, qui à la fois réduit l’empreinte écologique et nous remet en contact avec notre jardin et nos voisins.
D’où est née l’idée des « HouseWholes », le redesign permaculturel de l’habitat résidentiel, pour reconnecter les habitants avec leur écosystème. Il intègre de divers moyens de réduire l’empreinte écologique et va bien au delà du jardinage. J’ai développé, petit à petit et en coopération avec mes premiers clients, un processus de design participatif. Ces premiers clients étaient deux familles voisines, et deux foyers à l’extérieur de la ville dans d’autres banlieues similaires. Mon objectif est aussi d’en tirer un revenu au bout de quelque temps.
Pendant la mise en place de ce système, j’ai découvert un certain nombre de choses. D’une part l’impossibilité de vraiment voir, observer, un endroit où l’on n’habite pas depuis longtemps. D’autre part, la difficulté de s’impliquer dans un lieu où l’on ne va pas rester. Finalement, l’importance de l’économie dans tout travail qui va dans le sens de la réhabilitation des écosystèmes et de l’humain libre. L’économie dominante me parait le plus grand obstacle à tous nos efforts, et les alternatives que l’on nomme économies vivantes me semblent être les plus forts vecteurs de changement.

Permaculturelle – le diplôme de Linnéa Lindstroem est mis à disposition selon les termes de lalicence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage à l’Identique 3.0 non transcrit.