L’un des problèmes de notre système économique, et j’ose dire le plus fondamental, est la création de l’argent par les banques privées en tant que dettes à rembourser avec intérêt. Une petite histoire (basé sur celle-ci) pour mieux saisir…
« Imaginez une île, loin de tout, où tous les échanges entre les habitants sont comptés et réalisés avec des poules vivantes qu’ils chassent en courant. Un beau jour arrive sur l’île un homme d’affaires d’un pays lointain. Voyant l’archaïsme de l’économie autochtone, il leur proposa une brillante solution:
- Voici 10 pièces en cuir frappé de l’image d’une poule, dit-il, pour chacun d’entre vous. Elles représentent les poules, et vous épargnent tout le travail à courir après elles. La seule chose que je vous demande en échange pour cette merveilleuse invention, c’est de me rendre 11 pièces chacun à la fin de l’année.
Les premiers mois passèrent paisiblement, les gens prirent du poids car ils n’étaient plus obligés de courir après les poules à chaque occasion d’échange. Mais, au dixième mois, tout le monde commença à penser:
- Il faut que j’accumule, il faut que j’ai 11 pièces avant la fin de l’année!
Et, puisque les pièces en cuir, à la différence des poules, ne se reproduisent pas entre elles, chacun essaya de tirer profit de son voisin… À la fin de l’année, un homme avait accumulé 15 pièces, et pouvait ainsi aisément payer l’homme d’affaires. Quelques autres personnes en avaient 11, et parvenaient aussi à lui payer. Mais la plupart des gens n’avaient que 8 ou 9, et furent donc endettés vis-à-vis de l’homme d’affaires. »
Le calcul est simple: Si l’on émet 100 pièces, pour 10 personnes, et on donne 10 à chacun ; il n’y aura toujours que 100 pièces quand vient le jour où il faut rembourser 110! Alors, si une personne arrive à rembourser, cela veut automatiquement dire qu’il y a une autre personne qui n’a que 9 pièces ; si la moitié remboursent leur onzième pièce, l’autre moitié est appauvri et n’a que 9 chacun en moyenne.
« Avec ce que les habitants de l’île lui payèrent, l’homme d’affaires pouvait leur acheter de beaux tissus et bijoux, qu’il exporta dans son pays lointain. »
Il y a donc une fuite de richesse réelle dès qu’il faut payer pour avoir accès à un moyen d’échange.
Lien avec notre système économique
Pour rendre le parallèle plus claire: Les habitants de l’île, ce sont tous les humains sur terre qui se servent de l’argent officiel. Nous n’avons pas le contrôle sur sa création, et nous participons tous à payer des intérêts, ne serait-ce que par les impôts qui servent en partie à rembourser les dettes de l’état.
Ceux qui réussissent à rembourser représentent la plupart des habitants des pays (post-)industrialisés. Nos pays exploitent sans cesse et depuis des décennies les autres pays. Et ceux qui n’arrivent pas à rembourser sont les pays “en voie de développement”, autant dire exploités à fond. Et l’homme d’affaires? Vous trouvez?
Un moyen d’échange peut être constitué d’un grand nombre de choses: coquillages, croix dans un carnet, chèques/documents légaux, billets et pièces. Il fait l’intermédiaire pour assurer la réciprocité : les deux parties d’un échange décident de la valeur de cet échange. C’est aussi un signe de confiance : on sait qu’avec ce moyen, on accédera à ce dont on a besoin. Dans le cas d’une devise nationale, elle est le seul moyen de payer les impôts dans le pays.
Dès qu’une autorité arbitraire accorde l’accès au moyen d’échange de manière inégale (par des emprunts sour conditions par exemple), cela influence:
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les prix
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les rapports de force sur le marché
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la liberté de choix des gens
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la quantité du moyen d’échange, la « liquidité » de l’économie locale.
En permaculture, nous recherchons la liberté de personnes de développer leur plein potentiel, tout en respectant la nature. Pour que chacun ait accès à ce dont il a besoin, il faut que la création monétaire soit contrôlé localement et de manière démocratique, et que l’accès au moyen d’échange soit également possible pour tous.
Un peu plus sur les banques
Pour que les gens (et les entreprises, pays etc) arrivent à rembourser, il faut constamment créer plus d’argent: il faut de la croissance économique. Mais cette richesse doit aussi venir de quelque part, et il est évident que l’on ne pourra jamais avoir une croissance infinie sur une planète qui, elle, a des limites. Dès que les ressources s’épuisent, la croissance économique ralentit et il n’y a plus assez d’argent en circulation pour rembourser toutes les dettes.
Mais qui crée l’argent aujourd’hui? Oui, les banques centrales crée une partie de l’argent, qu’elles mettent dans les banques privées. Mais pour chaque unité (euro, livre, dollar…) qu’une banque privée tient en réserve, elle peut en prêter 10. C’est ce qu’on appelle “fractional reserve banking”, banques de réserve fractionnaire.
Donc, imaginons que je (ou la banque centrale) dépose 10€, et que la banque vous prête 100€. Elle ne les a pas, ces 100€, elle les crée au moment où vous demandez un emprunt. Et elle prend votre garantie de remboursement et le met… dans les réserves! Du coup, la banque peut prêter 1000€ à qui veut – et qui semble capable de rembourser. Et ainsi de suite, pour atteindre des sommes faramineuses.
Ce qui est encore plus révoltant dans ce système: on paie pour ça! Car on ne rembourse pas seulement l’argent emprunté (ce qui serait la moindre des choses si la banque possédait cet argent au départ), mais on paie aussi les intérêts. Ceux-ci sont censés créer un revenu pour la banque qui, si gentiment, s’occupe de notre épargne et nous fait des prêts lorsque nous avons besoin. Mais il faut bien se rappeler que la banque est déjà propriétaire des biens que vous n’avez pas fini de rembourser, au moins dans leurs calculs.
Évidemment, les banques vont éviter de prêter de l’argent aux gens qui ne peuvent pas fournir une garantie qu’ils vont rembourser. Car c’est cette garantie qui vaut quelque chose sur le marché des papiers financiers et c’est grâce à la spéculation sur ces papiers que les banques s’enrichissent. Cela mène à une situation où ceux qui “Ont Déjà” (une maison, des terres etc. à hypothéquer, ou bien une famille qui se porte garante) ont accès aux emprunts et donc au moyen d’échange. Et ceux qui “N’ont Rien”, n’ont pas non plus accès aux emprunts qui aurait pu leur permettre d’investir et réaliser leur potentiel et ils sont alors condamnés à vivre des aides de l’état.
